Circulations et appartenances : Leçons de l’océan Indien - Hommage à Pier Larson

Journées d'études

5, 6, 7 mai 2022 à l’Université de Chicago - Center in Paris


Les organisateurs de ces trois journées d’étude invitent des chercheurs venus des différentes sciences sociales à reconsidérer des questions de déplacements - tant physiques que sociaux - et d’appartenance dans la région de l’océan Indien, en dialogue avec l’œuvre de l’historien Pier Larson, qui nous a quitté pendant l’été 2020. Pier Larson a exploré l’histoire des identités et des cultures dans l’océan Indien, en envisageant les héritages de la traite esclavagiste, les efforts d'autonomisation et les différentes entreprises impériales qui ont marqué cette région du monde aux époques modernes et contemporaines. Son premier livre, History and Memory in the Age of enslavement (2000) a montré comment, dans les Hautes Terres de Madagascar, l’émergence de la souveraineté et de l’identité merina s’est fondée en grande partie sur le développement de la traite esclavagiste à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Les hommes et femmes libres ont réagi à l’augmentation de la demande en main-d'œuvre des Mascareignes en formulant de nouvelles revendications politiques. La montée en puissance de la monarchie merina s’est appuyée quant à elle largement sur des ressources issues de l’asservissement et la vente des captifs de guerre.

Dans un second ouvrage, Ocean of letters (2009), Pier Larson a démontré la vitalité de la langue malgache dans les sociétés coloniales et esclavagistes de l’océan Indien. Les locuteurs malgaches étaient nombreux aux Mascareignes, non seulement chez les sujets libres mais aussi chez les esclaves. En s’appuyant sur une grande variété d’archives, il a déconstruit le stéréotype d’une créolisation rapide et monolithique. Pier Larson réexamine également de façon critique l’argument selon lequel la conservation de la langue malgache aurait procédé d’un mouvement de résistance. Larson considère le malgache comme une lingua franca qui a joué un rôle crucial dans la formation des colonies françaises de la région (des Mascareignes au Sud-est asiatique).

L’œuvre de Pier Larson met en lumière les conditions sociales et politiques complexes qui ont mené à la formation d’identités affermies ou exaltées, de relations d’appartenances reconstituées, et ont engendré de nouveaux imaginaires nationaux au long des XVIIIe et XIXe siècles, sur les littoraux de l’océan Indien. Ses travaux, dans leur ensemble, n’offrent pas seulement des arguments substantiels pour comprendre ce passé, ils suggèrent également l’importance de méthodes comparatives pour appréhender des problèmes contemporains.


Thèmes et questions

Ces réflexions sur l’œuvre de Pier Larson constituent seulement un point de départ. Les journées d’études réuniront des chercheurs de disciplines telles que l’anthropologie, l’histoire, la sociologie et les sciences politiques, en vue de discuter quelques unes des questions suivantes :

● Les mouvements migratoires (volontaires ou forcés) - ainsi que la circulation des idées, des objets et des pratiques - à travers l’océan Indien et au-delà, ébranlent-ils les frontières établies et donnent-ils naissance à de nouvelles géographies politiques incarnées et imaginées ?

● Comment la parenté, les liens lignagers et les mariages, sont-ils constitués et retravaillés au fil des convulsions de l’histoire ? De quelles façons l’affinité et l’apparentement deviennent-ils un terrain de jeu politique ? Comment les logiques de parenté informent-elles les pratiques de soin, les rapports généalogiques et les structures de pouvoir ?

● Quels idiomes, concepts et catégories d’appartenance sont produits, contestés, et recomposés ? Comment différentes communautés œuvrent-elles pour leur autonomisation dans la longue durée ? Au moyen de quelles pratiques politiques, linguistiques, religieuses et expressives ?

● De quelles manières les communautés et les individus invoquent-ils la mémoire et/ou l’histoire (celles de la mise en esclavage, des migrations volontaires et forcées, de l’occupation coloniale et des hégémonies locales) pour contester des ordres socio-politiques ou au contraire y adhérer pleinement ? Ces pratiques déstabilisent-elles des idéologies qui semblent aller de soi dans les débats sur la citoyenneté et l’exclusion sociale ?


Comité d’organisation

Klara Boyer-Rossol, Bonn Center for Dependency and Slavery Studies, Université de Bonn (Allemagne)

Jennifer Cole, University of Chicago (États-Unis)

Tasha Rijke- Epstein, Vanderbilt University (États-Unis)

Samuel F. Sanchez, Université Paris I - Panthéon Sorbonne, Institut des Mondes Africains (France)

Dominique Somda, HUMA, Institute for Humanities in Africa. University of Cape Town (Afrique du

Sud)




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